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Qui est-ce ? Un esprit.
Seigneur! Comme il regarde autour de lui ! Croyez-moi, Monsieur,
Il a une forme bien définie, mais c'est un esprit.
(La Tempête, se. 11.)
Avant la fin de nos séries de séances, nous avions tant progressé que Walter était capable, sans difficulté, apparente, de paraître dans notre milieu, aussi solide, aussi matériel en chair que l'un de nous-mêmes. Il décrivait fréquemment par l'écriture d'autres esprits présents, quoique invisibles pour nous, car ces esprits n'avaient point le pouvoir de se fabriquer des habits ainsi que Walter l'avait fait. Ceci l'engagea évidemment à jouer le rôle de cicerone auprès de ses frères moins expérimentés, et de les aider dans leur travail de matérialisation. Lorsqu'il y eut réussi, nous ne le vîmes plus que rarement, mais, en revanche, il ne se passait presque pas de soirée sans que quelques étranges figures ne vinssent nous faire de visites. L'une d'elles sembla très rapidement pouvoir se dispenser de l'aide secourable de Walter. C'était Yolande, une jeune Arabe de quinze ou seize ans, d'après les explications de Walter, et qui devint bientôt l'une des physionomies principales de nos séances ; une jeune fille brune et élancée, dont la naïveté et la grâce faisaient l'étonnement et l'admiration de notre cercle.
La première fois qu'elle apparut parmi nous, sa curiosité était sans bornes. Tout ce qu'elle voyait l'intéressait énormément, depuis les vêtements que nous portions jusqu'à l'ameublement de la salle. L'harmonium faisait ses délices, et elle fut prompte à imiter les mélodies que Mme B. jouait pour elle, quoiqu'elle ne se trouvât jamais capable de manier les soufflets de l'harmonium dont elle ne comprenait évidemment pas l'emploi. L'un de ces messieurs, un détective au service de la police de sûreté, possédait un cor en argent, dont il jouait en perfection. Remarquant l'amour de Yolande pour la musique, il apporta ce cor, un soir, et joua les airs qu'elle préférait. Grâce à quelque perfectionnement, il adoucissait les notes hautes de l'instrument et les rendait d'une extrême suavité, ce qui n'était pas à dédaigner dans un concert en chambre.
Yolande s'était assise sur le parquet pour écouter ces merveilles. Lorsque M. X. eut joué un air, elle demanda à voir l'instrument qu'elle examina avec le plus grand soin. Chacune de ses parties fut l'objet d'une minutieuse inspection ; et elle essaya d'en jouer elle-même, lorsqu'elle eût terminé son examen ; mais elle ne put réussir à en tirer aucun son, bien qu'elle l'essayât des deux bouts ; et finalement elle abandonna l'instrument avec un air désappointé.
Quelqu'un lui avait donné de petites clochettes en argent qu'elle affectionnait. Ces clochettes étaient enfilées à un ruban, et, fréquemment, elle les nouait autour de ses chevilles ou de ses poignets, accompagnant la musique du cor par de gracieux mouvements de bras ou de jambes. Ceci semblait faire ses délices, et c'était vraiment une merveille de voir comment elle réussissait, par de savants mouvements rythmés, à faire alterner le son des clochettes pour accompagner la mélodie en exécution. Quelquefois ces clochettes semblaient résonner doucement dans le lointain, faisant penser à des gouttes d'eau qui tomberaient à distance ; puis elles résonnaient rapides et claires comme les trilles d'un petit chanteur ailé ; enfin c'était un bruit de castagnettes agitées par une main habile ; et le corps de Yolande se balançait gracieusement, pendant ce temps, tandis qu'elle était assise sur le parquet, ou debout au milieu de nous.
La plupart des descriptions que j'écris sur les charmes de Yolande, je les dois aux membres de notre réunion on aux notes de Mme F, car, quoique tout oreilles, j'étais privée de l'usage de mes yeux, de par ma position obligatoire dans le cabinet, pendant les séances. Il semblait que les esprits m'évitassent plutôt ; de toute façon ils ne croyaient pas nécessaire de gratifier ma curiosité très naturelle, lorsque quelque chose attirait, plus ou moins, mon attention.
Un jour je vis très distinctement Yolande. Mais je crois que ce fût plutôt par hasard que suivant ses désirs. Elle s'était amusée un certain temps au dehors, et elle ouvrit les rideaux du compartiment voisin de celui où je me trouvais, avec l'intention évidente d'y entrer ; mais quelque chose attira son attention, et elle se tint debout entre les deux rideaux. La lumière éclairait en plein son corps et son visage, et il m'était possible de faire un examen complet de sa personne. Ses fines draperies faisaient valoir la riche teinte olivâtre de son cou, de ses épaules, de ses bras et de ses chevilles, les laissant entièrement visibles. Ses longs cheveux noirs et bouclés retombaient jusqu'à la taille et étaient retenus par un petit turban, qui couvrait sa tête. Elle avait les traits fins et piquants, les yeux grands, foncés et pleins de vie ; ses mouvements étaient ceux d'un petit enfant. Tout ceci me frappa tandis que je la contemplais, debout, entre les rideaux, à demi timide, à demi hardie, ainsi qu'un jeune chevreuil.
Yolande devint vite remarquablement adroite. Son activité qui n'avait peur de rien, sa curiosité enfantine et son étonnement au sujet de tout ce qui lui était nouveau nous devint, à tous, une source de constant intérêt. Elle avait un grand amour pour les couleurs claires et les objets brillants ; elle examinait avec attention tous les colifichets que les dames portaient alors, et s'en parait souvent elle-même, enchantée de provoquer des remarques flatteuses autour d'elle. L'une de ces dames, un jour, apporta une brillante écharpe en soie de Perse que Yolande regarda avec ravissement et immédiatement drapa autour de ses épaules et de sa taille. Elle ne put se résigner à s'en séparer. Lorsqu'elle eut disparu, la séance étant terminée, on chercha partout l'écharpe, sans pouvoir la trouver.
La prochaine fois que Yolande revint, la dame lui demanda ce qu'elle avait fait de son écharpe. Yolande sembla un peu troublée à cette question ; mais un instant après elle agita ses mains dans l'air et toucha ses épaules, et aussitôt l'écharpe s'y trouva drapée comme dans la soirée précédente. Comment cette écharpe arriva, d'où elle vint, personne ne le vit. Yolande se tenait debout devant l'assistance, vêtue de son blanc vêtement d'esprit, qui cachait à peine ses formes gracieuses ; un léger mouvement de sa petite main brune, et aussitôt les épaules nues étaient recouvertes par les plis soyeux et colorés de l'écharpe en soie. Elle n'abandonna jamais cette écharpe. Lorsque, parfois, elle se dissolvait graduellement sous la surveillance de vingt paires d'yeux, l'écharpe restant sur le parquet, quelqu'un de nous disait : « Cette fois, elle l'a oubliée. » Mais non, l'écharpe elle-même disparaissait de la même manière que sa propriétaire, et toutes les recherches faites après coup n'aboutissaient à rien. Pourtant Yolande nous assurait gaiement que l'écharpe ne quittait jamais la chambre et que nous ne pouvions la voir par la seule raison que nous étions aveugles. Cela semblait l'amuser, et elle n'était jamais lasse de nous mystifier en rendant les choses invisibles à nos yeux ou en introduisant dans la chambre des fleurs qui n'y avaient point été apportées par une main humaine.
L'un des membres de notre cercle décrit, par le récit suivant, les étranges apparitions et disparitions de cette extraordinaire créature :
- « Premièrement on peut observer comme un objet blanc vaporeux et membraneux sur le parquet devant le cabinet. Cet objet s'étend graduellement et visiblement, comme si c'était, par exemple, une pièce de mousseline animée, se déployant pli après pli sur le parquet et cela jusqu'à ce que l'objet ait environ de deux et demi à trois pieds de long et une profondeur de quelques pouces - peut-être six pouces, ou même davantage. Puis le centre de cet amas commence à s'élever lentement, comme s'il était soulevé par une tête humaine, tandis que les membranes nuageuses sur le parquet ressemblent de plus en plus à de la mousseline qui retomberait en plis autour de la partie surgie mystérieusement. Cela a atteint, alors, trois pieds ou davantage ; on dirait qu'un enfant se trouve caché sous cette draperie, agitant les bras dans toutes les directions, comme pour manipuler quelque chose.
- « Cela continue à s'élever, s'abaissant parfois pour remonter plus haut qu'auparavant jusqu'à ce que cela ait atteint environ cinq pieds. On peut alors voir la forme de l'esprit arrangeant les plis de la draperie qui l'entoure.
- « A présent les bras s'élèvent considérablement au dessus de la tête, et, Yolande apparaît, gracieuse et belle, s'ouvrant passage à travers une masse de draperies nuageuses. Elle a environ cinq pieds de haut; sa tête est enserrée d'un turban d'où s'échappent ses longs cheveux noirs, qui retombent jusque dans son dos.
- « Son vêtement dessine chaque membre, chaque contour de son corps, tandis que la blanche draperie, semblable à un voile, est enroulée autour d'elle, par convenance, ou retombe sur le tapis pour attendre le moment où l'on en aura besoin de nouveau.
- « Pour accomplir ceci, il faut environ de dix à douze minutes. »
Lorsqu'elle disparaît ou se dématérialise, cela se passe ainsi : « Faisant un pas en avant pour se montrer et faire vérifier son identité par les étrangers présents, Yolande, lentement, mais délibérément, déploie l'étoffe légère dont elle se sert de voile ; elle la place sur sa tête et la fait tomber autour d'elle comme un grand voile de mariée ; puis immédiatement elle s'affaisse, diminuant de grosseur à mesure qu'elle semble se replier sur elle-même ; dématérialisant son corps, sous la draperie nuageuse, jusqu'à ce qu'il n'ait plus que peu de ressemblance avec Yolande. Puis elle s'affaisse encore, jusqu'à perdre toute ressemblance avec une forme humaine, et descend rapidement à douze ou quinze pouces. La forme tombe complètement alors et ne semble plus qu'un amas de draperies. Littéralement ce ne sont que les vêtements de Yolande qui lentement, mais visiblement, se fondent à leur tour et disparaissent. »
La dématérialisation du corps de Yolande emploie de deux à cinq minutes, tandis que la disparition des draperies demande une demi minute à deux minutes. Une fois, cependant, elle ne dématérialisa point ses voiles, laissant le tout amoncelé, en tas, sur le tapis ; ce qu'un autre esprit, sortant du cabinet, vint contempler d'un air désapprobateur pour la pauvre Yolande. Cet esprit, de grande taille, ayant disparu, fut remplacé par la petite forme enfantine de Ninia, la fillette espagnole, qui vint aussi regarder les restes de Yolande. Ramassant avec curiosité l'étoffe restée par terre, elle se mit à l'enrouler autour de son petit corps, qui, du reste, était déjà enveloppé d'une draperie.
Un jour, Yolande sortit du cabinet et vint vers moi. Elle avait son voile autour de la tête et regardait curieusement vers une autre partie du cabinet, dans l'attente évidente d'en voir sortir quelqu'un. Et, en effet, les rideaux s'ouvrirent, et une autre grande figure émergea et s'avança à notre vue à tous. Cela nous avait amusés de voir l'impatience de Yolande devant la longueur du temps que l'esprit avait mis à sortir du cabinet, impatience qu'elle exprimait en frappant de son petit pied nu sur le parquet.
Une autre de nos mystérieuses visiteuses s'appelait Y-Ay-Ali. C'était une des créatures les plus parfaitement belles que l'on put imaginer. Ses formes sculpturales et son éblouissante beauté, son port majestueux et ses mouvements pleins de grâce faisaient un contraste très vif avec les petites manières de chatte de Yolande. Y-Ay-Ali était certainement une créature d'un monde supérieur. Elle ne se montra qu'une ou deux fois, bien que nous la sûmes fréquemment présente ; aucun de ceux qui la virent ne sont près de l'oublier.
Elle était évidemment une autorité, un maître pour lequel Yolande professait un tendre respect et une grande vénération. On nous dit que c'était elle qui, bien qu'invisible, aida à la production des magnifiques fleurs qui furent si mystérieusement apportées au milieu de nous.
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